La maison au péristyle rhodien du Jardin de Grassi : un témoin discret de l’habitat romain à Aquae Sextiae
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Située dans la moitié nord de la ville antique d’Aix-en-Provence, la maison au péristyle rhodien du Jardin de Grassi constitue l’un des vestiges les mieux documentés de l’habitat résidentiel romain à Aquae Sextiae. Loin d’être un site spectaculaire par son état de conservation actuel, elle n’en demeure pas moins un témoignage précieux pour comprendre l’organisation, le niveau de confort et les choix architecturaux des élites locales à l’époque romaine.
Un quartier résidentiel de notables
La domus du Jardin de Grassi s’inscrit dans un vaste quartier résidentiel antique, identifié dès les premières recherches archéologiques comme l’un des secteurs les plus riches de la ville. Dans cette zone, cinq grandes maisons ont été reconnues. Ces demeures, construites par des notables aixois, occupaient de larges superficies et étaient conçues pour conjuguer fonctions domestiques, représentation sociale et agrément.
Comme beaucoup de domus urbaines de Narbonnaise, elles étaient richement décorées : mosaïques de sols, peintures murales, placages de marbre et aménagements hydrauliques témoignent d’un cadre de vie soigné, sans pour autant atteindre le luxe ostentatoire de certaines villas italiennes. Le Jardin de Grassi offre ainsi une image équilibrée de l’habitat aristocratique provincial, à la fois romanisé et adapté aux contraintes locales.
Une maison dégagée partiellement
La maison dite « au péristyle rhodien » a été dégagée sur une surface d’environ 360 m². Cette fouille partielle ne permet pas de restituer l’intégralité du plan, mais elle a mis au jour les éléments structurants de la demeure. L’organisation générale repose sur une adaptation au terrain en pente, caractéristique de ce secteur d’Aix, avec des niveaux étagés et des murs de soutènement.
Les pièces s’ordonnent autour de cours intérieures, selon un schéma fréquent dans l’architecture domestique romaine. Toutefois, l’un des traits distinctifs de cette maison réside dans la forme particulière de l’une de ces cours : le péristyle rhodien.
Le péristyle rhodien : une particularité architecturale
La cour principale est encadrée par un portique à double hauteur, identifié comme un péristyle rhodien. Ce type de péristyle, d’origine hellénistique et décrit par Vitruve, se caractérise par une galerie plus élevée sur l’un de ses côtés, destinée à améliorer l’éclairage et à créer un effet de monumentalité modérée.
Dans le cas du Jardin de Grassi, cette disposition ne relève pas d’un choix spectaculaire, mais plutôt d’une solution architecturale élégante, adaptée à la topographie et aux besoins de la maison. Le péristyle ne se développe pas sur quatre côtés de manière régulière : sa dissymétrie reflète les contraintes du terrain et les différentes phases d’aménagement de la domus.
Décors et aménagements intérieurs
Les vestiges mis au jour témoignent d’un décor soigné, mais relativement sobre. Les sols étaient recouverts de mosaïques majoritairement géométriques, souvent bicolores, caractéristiques des premières phases de l’époque impériale. Certaines pièces de réception présentent des motifs plus élaborés, signalant leur rôle central dans la vie sociale de la maison.
Les murs conservaient à leur base des plinthes de marbre ou des enduits peints. Des fragments de peintures murales, de moulures et de placages en marbre ont été retrouvés, attestant d’un décor intérieur de qualité. L’ensemble suggère un confort réel et une volonté d’affichage social mesurée, conforme au statut de notables urbains.
Des équipements domestiques complétaient cet aménagement : bassins, puits, canalisations et dispositifs de récupération des eaux montrent que la maison disposait d’infrastructures fonctionnelles bien intégrées à son architecture.
Datation et occupation du site
Les objets découverts lors des fouilles – céramiques, verreries, monnaies, éléments décoratifs et mosaïques – permettent de dater la construction de la maison du début du Ier siècle apr. J.-C. Cette chronologie correspond à une phase de développement important d’Aquae Sextiae, lorsque la ville connaît une expansion urbaine et résidentielle significative.
La date exacte de l’abandon de la maison par ses propriétaires reste inconnue. Toutefois, des indices d’occupations temporaires ont été observés jusqu’au début du VIe siècle : réaménagements sommaires, bassins tardifs, remontage de murs à partir de matériaux en remploi. Ces traces témoignent d’une utilisation progressive et dégradée des espaces, sans véritable continuité résidentielle.
Après cette période, la maison, comme l’ensemble du quartier de Grassi, est définitivement délaissée. La contraction de la ville antique et le recentrage de l’habitat sur des secteurs plus fortifiés expliquent en grande partie cet abandon.
Un intérêt scientifique plus que monumental
Aujourd’hui, la maison au péristyle rhodien du Jardin de Grassi n’impressionne pas par l’ampleur de ses vestiges visibles. Son intérêt réside ailleurs : dans la qualité des données archéologiques qu’elle a livrées et dans ce qu’elle révèle de l’habitat urbain romain en Gaule méridionale.
Pour Arko, ce site illustre parfaitement l’importance des vestiges « discrets ». Sans être spectaculaire, la domus du Jardin de Grassi contribue de manière essentielle à la compréhension d’Aquae Sextiae, de son urbanisme et du mode de vie de ses habitants les plus aisés à l’époque romaine.
Liens
Reconstitution 3D de la domus au péristyle Rhodien
Bibliographie
BENOIT (F.).- Recherches archéologiques dans la région d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), Il : La maison à double péristyle du Jardin de Grassi à Aix-en-Provence. Dans Gallia, 5-1, 1947, p. 98-122.
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